Le régime des Khmers rouges. 

1. L'idéologie khmère rouge

Sous les ordres de l’Angkar.

«Te garder en vie ne nous rapporte rien, te supprimer ne nous coûte rien». De 1975 à 1979, pendant les trois ans, huit mois et vingt jours qu’a duré le régime de Pol Pot, l’Angkar avait pouvoir de vie et de mort sur l’ensemble de la population cambodgienne. Transformé en un gigantesque camp de concentration, le pays était tout entier sous les ordres de l’«autorité invisible mais bien présente» de l’Angkar, l’autorité supérieure que nul ne devait contester. Elle commande. Elle fait les lois. Elle seule détermine ce qui est bien ou mal. Elle est partout. On la surnomme l’«Angkar aux yeux d’ananas» car l’organisation garde un œil sur chacun. A l’époque, il est fréquent d’être réveillé en pleine nuit, afin de participer à une «réunion d’autocritique» où il faut justifier ses actes devant le conseil du village. 

3. Slogans et théories de l'Angkar.

Disciples de l'Angkar.

A l’instar d’autres régimes totalitaires, le régime khmer rouge avait recours à une propagande particulièrement élaborée. Via la diffusion massive de programmes radio et via l’impression de nombreux manuels du « parfait révolutionnaire », les idéologues de l’Angkar exhortaient leurs partisans à suivre à la lettre la doctrine du régime. 

Ces slogans répétés inlassablement à longueur de journée, fonctionnaient comme un lavage de cerveaux pour les disciples de l’Angkar. La terminologie particulièrement radicale des allocutions «détruire, exterminer, annihiler, éradiquer…»  n’étant pas sans rappeler la propagande édictée par d’autres régimes coupables de génocide.

Retirer à «l’ennemi » tout ce qu’il a d’humain, le réduire à un animal, un insecte, à quelque chose de nuisible et qu’il est « légitime d’éradiquer». Dès lors, il n’est plus question de «tuer quelqu’un» mais bien d’ «exterminer quelque chose».On ne tue pas facilement l’un de ses voisins, par contre on écrase sans y penser un insecte. Cette phase de «déshumanisation de l’ennemi à détruire» est capitale dans la montée en puissance d’un régime génocidaire. Ces discours représentent les prémices des massacres à venir. Plus que jamais, les mots peuvent s’avérer mortels.

 

Exemples de textes d'époques. 

  De nombreux textes vantant la révolution glorieuse du  

  «Kampuchéa Démocratique» sont conservés aujourd’hui par le   centre de documentation du Cambodge (DC-CAM) :

- Vous garder en vie ne nous rapporte rien, vous supprimer ne  

  nous   coûte rien

- Mieux vaut exécuter un innocent que d’épargner un ennemi qui   ronge le pays de l’intérieur

- Aime l’Angkar sans limites

- Détruisez les réseaux de communication

- La comparaison de Angkar ne veut pas dire comparaison entre   puissance militaire et économique mais entre puissance

  humaine et spirituelle

- Il est absolument nécessaire de purger pour toujours le

  Kampuchéa et l’Angkar des agents de la CIA qui s’y trouvent

- Pour battre l’ennemi extérieur, il faut d’abord détruire celui de

  l’intérieur

- Soyez prêts à sacrifier vos vies par le travail afin de réaliser les

  objectifs de l’Angkar

- L’individualisme est au collectivisme ce que le capitalisme est

  au socialisme

- L’Angkar est le maître du territoire

- L’Angkar ne fait jamais d’erreur

- L’Angkar est tout

 

5. Poème d'un réfugier "The New Regime"

Sarith Pou dans le recueil de poèmes “Corpse Watching” (USA)

 

No religious rituals. No religious symbols.
No fortune tellers. No traditional healers.
No paying respect to elders. No social status. No titles.
 
No education. No training. No school. No learning.
No books. No library. No science. No technology.
No pens. No paper.
 
No currency. No bartering. No buying. No selling.
No begging. No giving. No purses. No wallets.
 
No human rights. No liberty. No courts. No judges.
No laws. No attorneys.
 
No communications. No public transportation.
No private transportation. No travelling. No mailing.
No inviting. No visiting. No faxes. No telephones.
 
No social gatherings. No chitchatting.
No jokes. No laughter. No music. No dancing.
 
No romance. No flirting. No fornication. No dating.
No wet dreaming. No masturbating.
No naked sleepers. No bathers.
No nakendness in shower. No love songs. No love letters.

No affection.
 
No marrying. No divorcing. No martial conflicts. No fighting.
No profanity. No cursing.
 
No shoes. No sandals. No toothbrushes. No razors.
No combs. No mirrors. No lotion. No make up.
No long hair. No braids. No jewelry.
No soap. No detergent. No shampoo
No knitting. No embroidering. No colored clothes, except black.
No styles, except pajamas. No wine. No palm sap hooch.
No lighters. No cigarettes. No morning coffee. No afternoon tea.
No snacks. No desserts. No breakfast. (sometimes no dinner).
 
No mercy. No forgiveness. No regret. No remorse.
No second chances. No excuses. 

No complaints. No grievances. No help. No favors.
No eyeglasses. No dental treatment.
No vaccines. No medicines. No hospitals. No doctors.
No disabilities. No social diseases. No tuberculosis. No leprosy.
 
No kites. No marbles. No rubber band.
No cookies. No popsicle. No candy.
No playing. No toys. No lullabies.
No rest. No vacations. No holidays. No weekend.
No games. No sports. No staying up late. No newspapers.
 
No radio. No TV. No drawing. No painting.
No pets. No pictures. No electricity. No lamp oil.
No clock. No watches.
 
No hope. No life.
A third of the people didn’t survive.
The regime died.

2. Comment en
est-on arrivé là ?

Vision d’un rescapé des camps khmers rouges.

Cambodge, «pays du sourire». Difficile d’imaginer comment ce peuple si accueillant a pu en arriver à massacrer un quart de sa propre population. Ong Thong Hoeung, rescapé des camps de rééducation et témoin aux CETC, nous donne quelques clefs pour comprendre. Il met en lumière trois mécanismes : le nationalisme aveugle, une vision criminelle de l’histoire du type «la fin justifie les moyens» et l’exploitation du bouddhisme. 

Quand on lui demande comment le génocide a pu se produire, Hoeung essaie de restituer la logique des lieutenants de Pol Pot : «tout cambodgien, depuis qu’il a pris conscience de l’état de son pays, a peur qu’il disparaisse», explique-t-il. Or, selon l’histoire, le Cambodge a été un pays glorieux par le passé. Donc comment faire pour le reconstruire et reconquérir ce glorieux passé ? Pol Pot vient simplement donner une réponse à cette interrogation : «Moi je vais construire un Cambodge mille fois plus prospère et puissant, mais pour y arriver, je dois sacrifier quelques personnes.» 
Selon Hoeung, Pol Pot passe pour un très grand patriote auprès de ses lieutenants. C’est pourquoi ils pensent que «cela en vaut la peine».
Hoeung condamne fermement ce principe de « la fin justifie les moyens ». C’est pour lui une vision criminelle de l’histoire, qui a été reprise par de nombreux dictateurs, notamment Hitler ou Staline. Et c’est en vertu de celui-ci que beaucoup de cambodgiens ont fermé les yeux sur quelques principes élémentaires. 
« Il faut toujours faire attention ! Si on commence à violer la valeur humaine, ce n’est pas un monde meilleur qu’on construit, mais un génocide ! »

Dans l’ouvrage «Cambodge année zéro», François Ponchaud explique que le génocide cambodgien ne s’est pas fait en dépit mais en raison de l’influence bouddhiste. 
Hoeung réfute cette affirmation. Ce n’est pas la mentalité bouddhiste qui a mené les Cambodgiens à se laisser entrainer dans cette spirale, mais l’exploitation du bouddhisme. 
«Le bouddhisme cambodgien est rituel. Il n’existe pas d’école bouddhique digne de ce nom. Mais selon la mentalité cambodgienne paysanne, si quelqu’un est chef, c’est parce qu’il a fait quelque chose de bien dans sa vie antérieure. C’est une question de karma. Il faut donc l’écouter. L’obéissance est au centre du schéma mental cambodgien. Et si le Cambodge ne donne pas une éducation pour changer ça, rien ne changera.»
Selon Hoeung, on ne peut donc pas vraiment dire que le bouddhisme a eu une influence. «On ne sait pas ce qui se serait passé si les Cambodgiens étaient chrétiens ou musulmans» lance-t-il. L’histoire lui donne malheureusement raison, les génocides sont un phénomène mondial. L’horreur n’a pas de religion officielle. 

4. Khmer bleu, blanc, rouge ?

Le terme «khmer rouge» est utilisé dans toutes les langues car il ne correspond pas seulement à couleur mais bien à une appellation politique.

C’est ainsi que le roi du Cambodge, Norodom Sihanouk, surnomma dans les années 50 les militants cambodgiens qui s’inspiraient de l’idéologie maoïste.
Rouge étant la couleur par excellence du mouvement communiste ainsi que la couleur des kramas (foulard traditionnel khmer) qu’ils portaient en permanence.
Les révolutionnaires eux-mêmes n'utilisaient pas ce terme et préféraient «kampuchéen» à «khmer», qui rappelait trop l'«ordre ancien».
Les Khmers rouges, dont le nom officiel fut successivement Parti communiste du Cambodge et Parti du Kampuchéa démocratique, étaient les membres d'une organisation communiste qui fut au pouvoir au Cambodge de 1975 à 1979.
A côté des khmers rouges, les plus connus, il existait également des khmers blancs à tendance royaliste ainsi que des khmers bleus, qui eux défendaient l’idée d’une république au Cambodge. Le bleu, le blanc et le rouge étant les couleurs du drapeau cambodgien. 
Ce qui fit dire à Sihanouk à l’époque que le «Cambodge ressemble de plus en plus au drapeau français». Non sans ironie vu que le Cambodge venait à peine d’obtenir l’indépendance de la métropole.

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